[Charbon] King Coal (A1FI), le scénario catastrophe

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[Charbon] King Coal (A1FI), le scénario catastrophe

Message par Tiennel » 19 nov. 2006, 23:04

Remplacer le pétrole puis le gaz naturel par le charbon, on sait déjà que c'est possible économiquement et techniquement, grâce au charbon liquéfié notamment.

En fait, si on arrive à maintenir la croissance de l'extraction de charbon à 4% en moyenne, on est tranquille pour les cinquante prochaines années. 4% est une valeur tout à fait possible, vu qu'on est déjà plutôt à 5-6% depuis les années 2000 (cf données BP). C'est l'hypothèse de base que j'ai pris pour mon scénario King Coal. Les prévisions de production de pétrole et de gaz sont celles de la newsletter de novembre 2006 de l'ASPO.

A ce rythme, en 2050 nous n'aurons pas encore consommé la moitié des réserves prouvées de charbon (44% pour être précis). Le Peak Coal, ce sera un problème pour nos descendants. Retournons dormir tranquilles...

Un petit dessin valant mieux qu'un long discours, voici les caractéristiques de ce scénario en termes de capacité à effacer le pic et en production de GES :

Image

Les pics pétrolier et gazier sont complètement effacés, la croissance de la production (et donc de la consommation) de carburants fossiles est maintenue dans sa tendance actuelle, permettant de remettre à plus tard les questions de fond sur la sobriété des sociétés humaines, qu'elles soient pygmée, chinoise ou états-unienne.

Ah oui bien sûr, il faut espérer que la séquestration du CO2 sera devenue obligatoire et universelle, sinon en 2050 on en émettra trois fois plus qu'aujourd'hui...
Dernière modification par Tiennel le 20 mars 2007, 22:36, modifié 1 fois.
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epe
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Message par epe » 19 nov. 2006, 23:20

Argh! :smt096

Sauf que... peut-être... le charbon c'est comme le pétrole, on a commencé à extraire le plus facile. Les gisements affleurants doivent déjà être bien entamés, enfin, j'espère. Et pour les gisements profonds, c'est du solide qu'il faut aller chercher cette fois...
-Il vaut mieux pomper même s'il ne se passe rien que de risquer qu'il se passe quelque chose de pire en ne pompant pas.
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Message par Tiennel » 19 nov. 2006, 23:22

Avec même 3% de croissance par an de la production charbonnière, ça passe encore :

Image

Et on se contente de doubler les émissions de GES en 50 ans :-P
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franck1968
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Message par franck1968 » 19 nov. 2006, 23:32

Remplacer le pétrole puis le gaz naturel par le charbon, on sait déjà que c'est possible économiquement et techniquement, grâce au charbon liquéfié notamment.

En fait, si on arrive à maintenir la croissance de l'extraction de charbon à 4% en moyenne, on est tranquille pour les cinquante prochaines années.
Naon ! impossible.

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Message par nelson62 » 20 nov. 2006, 00:48

pourquoi?

Ce qui est inquiétant surtout avec ce scénario, même avec une hausse modérée de la production de charbon de 3%, ce sont les GES...

Actuellement on est à 385 ppm, on risque d'approcher voire même de dépasser les 500 ppm...Alors là je ne vous dis pas la réaction de la planète.. :cry:
Sans pétrole la fête est plus folle!!

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Message par GillesH38 » 20 nov. 2006, 08:00

La raison pour laquelle je ne crois pas à ce scénario, c'est que la croissance de la consommation d'énergie n'est pas une cause mais une conséquence de la croissance économique. La fabrication du CTL par exemple peut etre rentable pour le fabricant si le baril est à 60 $, mais ça ne prouve pas qu'il trouvera forcément des acheteurs pour croitre de +3 % par an !

La question fondamentale, c'est si la croissance économique peut réellement continuer au même rythme si une énergie peu chère est remplacée par une énergie plus chère, donc que le coût moyen s'élève. Je pense que non. Les gens payant plus cher leur essence, leur chauffage et leurs billets d'avion, auront tout simplement moins d'argent pour acheter des biens de consommation, ce qui diminuera la demande en transport de marchandise, en électricité induistrielle, bloquera la croissance asiatique, et fera finalement qu'on n'aura pas de forte demande pour des nouvelles centrales à charbon et du CTL....
- Je suis Charlie - "I do not see any harm in people making money if it leads to a lower carbon society " R.K. Pachauri, président du GIEC, interview du 6 mai 2008 à Emirates Business.

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Message par vincent128 » 20 nov. 2006, 08:36

Scénario intéressant, mais vu le nom que tu lui donnes, je m'étonne que tu ne parles pas, au moins pour mémoire, du rapport du gouvernement français mais édité en anglais "How to tame King Coal?".

J'en parlais ici, en réponse à toto qui disait que la charbon, c'est fini. Je donnais dans ce post quelques chiffres intéressants, et je concluais par : "L'augmentation (ou la reprise, selon les pays) de l'exploitation du charbon en Europe, y compris la France, n'est que l'affaire de quelques années. Moins de 10 ans, je pense. On prend les paris?"

http://www.oleocene.org/phpBB2/viewtopi ... coal#59795
Le fond de l'air est frais.

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Message par Tiennel » 20 nov. 2006, 09:20

@Vincent : merci pour le lien. Encore un post qui m'avait échappé :-(

@Gilles : pour moi, l'économie libérale ne s'applique pas au secteur de l'énergie. Le parc électronucléaire français s'est monté sur la volonté de l'Etat, sans recours au secteur privé vu qu'il n'était pas rentable selon ses critères. Le barrage des Trois-Gorges est un investissement de l'Etat Chinois, tout comme le sera les usines de CTL qui affranchiront les pays producteurs de charbon des contingences de l'OPEP.

Mon scénario est un scénario catastrophe, je ne le considère pas comme le plus probable mais néanmoins loin d'être improbable, notamment parce que la Chine n'est pas une économie libérale :-P
Sa croissance dépend de moins en moins de l'économie de l'OCDE (qu'on avait pendant dix ans confondu avec l'économie mondiale) et je pense que le jour n'est plus loin où la Chine n'aura plus besoin de l'OCDE pour entretenir sa propre croissance économique. D'un autre côté, l'OCDE sait que le jour où sa croissance s'effondre, elle aura perdu la guerre économique contre la Chine. Il ne faut pas sous-estimer les capacités d'innovation des économistes pour entretenir une croissance dématérialisée (après la bulle immobilière, les crédits d'émission de CO2 ?).

Ce scénario suppose donc que la guerre économique mondiale OCDE/Chine va durer encore 50 ans !
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Message par th » 20 nov. 2006, 09:43

Un article du Monde de ce WE sur le le sujet : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0 ... 985,0.html
Extraits:
Le Monde a écrit :Quand on compare les prix en équivalent énergétique du pétrole, du gaz et de la houille, on comprend pourquoi la Chine a installé, en 2005, des centrales électriques au charbon d'une capacité de 70 gigawatts, plus que le parc nucléaire français.

Ce n'est pas fini : la compagnie minière Anglo American étudie la possibilité d'investir 4 milliards de dollars (3,2 milliards d'euros) dans un projet de " charbon propre" dans la province du Shanxi. L'Italie convertit au charbon ses centrales. Les Etats-Unis, qui sont l'Arabie saoudite de la houille, se mettent à en importer de Colombie. La France parle d'ouvrir une mine près de Nevers. Le Kremlin voudrait convertir au charbon le chauffage domestique des Russes pour réserver à l'exportation son pétrole et son gaz.
[...]
Qu'est-ce qui pourrait dégrader la compétitivité de l'anthracite ? Pas la lutte contre la pollution : " Les droits d'émission de CO2 se négocient aux environs de 10 dollars la tonne, ce qui n'est pas grand-chose", dit M. Martin-Amouroux. La taxe de 1,19 euro par mégawatt/heure fabriqué à partir du charbon entrera en vigueur le 1er janvier 2007, en France ? " Elle n'a pas de sens", juge-t-il.
[...]
Les écologistes n'ont plus qu'à militer pour que la recherche trouve vite les moyens de rendre " king coal" moins calamiteux pour la Terre.

"the greatest shortcoming of the human race is our inability to understand the exponential function"- Bartlett.

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Message par Jeuf » 20 nov. 2006, 11:02

Intéressante réflexion de Tiennel..avec les courbes, c'est plus clair aussi...


Mais on peut se demander à quoi correspond cette croissance continue de 4% du charbon? Si on a un rendement de 50% du processus CTL, ça fait qu'on perd une bonne partie de l'énergie qui ne peut pas être utilisé pour le fonctionnement de l'économie.


Je suis d'accord avec Gilles pour dire que ça ne permettra pas de maintenir la croissance.

Et puis, comme je l'explique ici http://www.oleocene.org/phpBB2/viewtopi ... 73&start=0
(pub), (où l'on trouve par ailleurs l'idée c'est plutôt 10%/an que 4 pour que pour que l'économie maintiennent le même rythme de croissance de la consommation d'énergie), ou peut-être je l'explique pas mais voilà l'idée : le temps que les usines de CTL se mettent en place, l'économie a largement le temps de se casser la figure. Par manque de transport notament . On ne remplace pas comme ça d'un coup les Mtep de pétrole par du charbon, notament pour le transport.
L'investissement en usine de CTL serait d'ailleurs trop énorme et soudain, pour faire face au pic pétrolier, pour que l'économie puisse le faire. Cela demandera bien moins d'effort d'investir dans tout un tas de vélo, ou dans le non-déplacement, que dans une usine de CTL, je pense que les gens se rendront à cette évidence.

Pour compléter ces propos, il me faudrait des ordre de grandeurs sur :
-l'argent (en quelque sorte la somme des efforts humain) mis dans l'obtention d'énergie(5% du pib mondial?)
-le cout de l'investissement pour une mine de charbon en milliard de dollar/ Mtep de charbon/an. Le délai pour construire la mine.
- Idem pour les unités CTL. Et le rendement des usines CTL
-le cout des infrastructure de tranport à créer pour acheminer le charbon et pétrole issu de charbon

Autre chose, @vincent128 : ce n'est pas parce qu'on ouvre une ou deux mine de charbon en france ou autre pays européen qu'il faut craindre un retour massif du charbon, du CTL et des choses comme ça.
On en sera très loin, des 200 et plus millions de tonnes de charbon par an qu'il faudrait pour remplacer les 90 millions de tonne de pétrole brûlé par notre pays

C'est d'aileurs très bien, les mines de charbon en france, pour sortir de l'effet "boite noire" qui est la délocalistation des effets délétères de l'énergie qu'on consomme dans des pays lointain
voir http://jeuf.free.fr/charbon (encore un peu de pub..)

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Message par rico » 20 nov. 2006, 11:07

On en sera très loin, des 200 et plus millions de tonnes de charbon par an qu'il faudrait pour remplacer les 90 millions de tonne de pétrole brûlé par notre pays
Ouf : ça rassure! :D

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Message par Environnement2100 » 20 nov. 2006, 16:31

Merci Tiennel pour ces chiffres édifiants, la faisabilité du scenario King Coal est hélas trop flagrante.

Merci à Vincent128 de rappeler le vision paper gouvernemental : ce document a l'avantage d'être très récent et de signaler l'état de l'art et des orientations politiques.

Il est délicieusement bourré de fautes, mais c'est déjà un effort surhumain qu'un papier d'une taille pareille ait été écrit en anglais : ça en dit long sur son importance stratégique.

Si le post initial de Tiennel laisse peu de doute sur la part du charbon dans les investissements prochains, la date possible du "déclic CCS" paraît toujours aussi mystérieuse - aussi mystérieuse que celle du PPP :).
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Message par Environnement2100 » 20 nov. 2006, 18:23

Le graphe ci-dessous met en évidence l'hystérésis économique aux basculements suggérés par le graphe de Tiennel.

La rareté croissante du pétrole entraînant sa cherté, les deux autres sources d'hydrocarbures, gaz et charbon, vont se trouver plus recherchées, et donc verront leur prix croître jusqu'à une valeur qui dépend de leur "usabilité" industrielle et économique.

La première source visée est bien sûr le gaz, puisque dans toutes les applications d'énergie pure, le gaz est facile à substituer au pétrole. Plus tard, nous verrons les unités GTL entrer en scène, mais leur durée de vie étant courte, nous risquons d'en voir très peu.

Ensuite, le charbon entre en jeu d'abord pour l'énergie pure ; un décalage est nécessaire puisqu'on doit créer de nouvelles centrales dédiées. Enfin le CTL viendra suppléer le manque croissant de pétrole, là encore avec un décalage supplémentaire, les investisseurs attendant d'être sûrs que le CTL soit rentable avant d'investir. En d'autres termes, il n'y aura pas d'unités de CTL "standard", tant que le baril ne sera pas considéré comme durablement cher.

Ce n'était pas encore le cas fin 2005, comme le montre le graphe ci-dessous.

Fin 2003, le pétrole commence l'ascension que nous connaissons, immédiatement suivi par le gaz : la proximité de ces deux courbes prouve que ces deux filières fonctionnent déjà en vases communicants à presque 100 %.

En revanche, le prix du charbon évolue peu : on a déjà signalé sur ce forum que l'augmentation de 2003 était due à des difficultés logistiques ; le cours a d'ailleurs tendance à s'effriter depuis 2003. Force est donc de constater que le charbon ne subit pas encore de pression à la hausse, ce qui signifie que les clients habituels pétrole+gaz ne se sont pas encore reconvertis vers la filière charbon.

Il faut en effet deux ans pour construire une centrale, et trois ans de plus si on compte le processus décisionnel ; le cours du pétrole ayant commencé à grimper en 2003, il ne paraît pas possible d'envisager un début de reconversion vers le charbon avant 2008, et cela uniquement pour les pays connaissant une progression marquée de leur consommation énergétique.

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Message par Tiennel » 20 nov. 2006, 21:24

J'ajouterai que, même si le "déclic CCS" se produit, il faudra aussi, comme le souligne le doc rappelé par Vincent, construire un gigantesque réseau mondial, ou tout au moins multicontinental, de "carbodioxydoducs" pour emmener le CO2 capturé à sa prison définitive.

En effet, on ne construira pas toujours des centrales électriques pile sur des dômes salins ou des gisements épuisés d'hydrocarbures - et il faudra bien un jour aussi s'occuper du CO2 émises par les anciennes centrales, érigées le plus souvent à un endroit inapproprié pour la séquestration.

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La centrale électrique au charbon (désaffectée) de Battersea, à Londres

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Message par Environnement2100 » 20 nov. 2006, 23:40

Tiennel a écrit :En effet, on ne construira pas toujours des centrales électriques pile sur des dômes salins ou des gisements épuisés d'hydrocarbures - et il faudra bien un jour aussi s'occuper du CO2 émises par les anciennes centrales, érigées le plus souvent à un endroit inapproprié pour la séquestration.
Les gisements de sel sont l'une des formations les plus fréquentes dans le sous-sol. En creusant un puits au hasard, on a plus de chance de tomber sur une poche de sel que de trouver un post intelligent dans la section "Géopolitique".

Les véritables difficultés géologiques sont d'ordre conformationnel : il faut un dôme, il faut qu'il soit étanche, pas faillé, que les puits qui l'atteignent ne traversent pas une nappe phréatique, etc.

Cependant, trouver une conformation convenable à moins de 100 km est facile ; la plupart des Français ignorent tout des douze sites monstrueux de stockage de gaz naturel gérés par GdF.

J'ajoute que, dans certaines régions, on en profitera pour faire du petit géothermique. Enfin, dans la région parisienne, nous avons les puits (bientôt vides) de Seine-et-Marne, qui n'attendent que nous. No problem. 59.12

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