par energy_isere » 14 mai 2026, 15:21
Face au blocage d'Ormuz, un « plan Marshall » transforme le désert en autoroute mondiale du fret
LT (avec agences) Publié le 14 mai 2026
La fermeture du détroit d’Ormuz et les tensions en mer Rouge désorganisent les routes du commerce mondial et déplacent les flux vers de nouveaux hubs régionaux. Dans le désert du Golfe, les conteneurs quittent la mer pour la route, portés par des flottes de camions devenues essentielles à la logistique internationale.
Le désert ne sert plus seulement de décor. Il est devenu une artère logistique à part entière. Depuis la fermeture du détroit d’Ormuz fin février et la désorganisation des routes maritimes en mer Rouge, les flux mondiaux de marchandises se sont déplacés, fragmentés, recomposés — et, surtout, ils roulent désormais.
Dans cette nouvelle géographie contrainte du commerce international, les conteneurs ne prennent plus la mer avant de réapparaître dans les ports du Golfe. Ils s’arrêtent, sont déchargés, puis prennent la route. Et ce sont des milliers de camions qui absorbent désormais le choc géopolitique.
Un désert saturé
Désormais, une part croissante des marchandises transite par la mer Rouge et le canal de Suez avant de toucher terre sur la façade occidentale de la péninsule Arabique. De là, tout change de nature. À Jeddah, les grues tournent sans interruption. Le port saoudien, longtemps tourné vers son arrière-pays régional, s’est transformé en plateforme de redistribution vers le Golfe. Les navires des géants mondiaux du transport maritime y déversent leurs cargaisons. Les conteneurs y changent de monde : de la mer au bitume.
Car la mer ne suffit plus. Les cargaisons repartent aussitôt vers l’intérieur des terres, par convois routiers, sur des autoroutes qui traversent des centaines de kilomètres de désert pour rejoindre Sharjah, Bahreïn ou le Koweït — désormais privés d’accès maritime direct.
Le règne discret des corridors terrestres
Plus à l’ouest et au sud, d’autres ports jouent les points de rebond. Sohar à Oman, Fujairah et Khor Fakkan aux Émirats arabes unis sont devenus des portes d’entrée alternatives, hors de la zone d’instabilité du détroit. Mais ces ports ne sont que des étapes.
Khor Fakkan incarne peut-être le mieux cette mutation silencieuse. Un port secondaire devenu, presque du jour au lendemain, un nœud critique. Le trafic routier y a explosé : d'une centaine de camions par jour à près de 7 000 aujourd'hui rapporte le Wall Street Journal. Les quais débordent, les camions s’enchaînent, les conteneurs circulent sans interruption entre mer et désert.
À mesure que les flux s’éloignent du maritime pur, les corridors terrestres deviennent des infrastructures vitales. L’Arabie saoudite tente d’en structurer plusieurs, combinant routes et rail pour relier la mer Rouge au Golfe et jusqu’à la frontière jordanienne. Une ambition stratégique, mais déjà sous pression.
Sur le terrain, le changement est visible à l’œil nu. Les files de camions s’étirent à perte de vue. Les relais logistiques se multiplient. Les temps de trajet s’allongent. À Aqaba, en Jordanie, les conteneurs débarqués prennent la route vers l’Irak. Bagdad et Bassorah sont désormais alimentées par des itinéraires hybrides. Plus au nord, la Turquie sert elle aussi de passage pour certains flux vers le territoire irakien.
Même des infrastructures encore en construction sont intégrées à cette nouvelle carte. A l'image de Neom, projet futuriste devenu malgré lui maillon logistique, participe à cette redistribution improvisée des flux.
Une logistique plus coûteuse
Dans les centres de décision des armateurs, le constat est le même : le système tient, mais au prix fort. Les trajets s’allongent de près de deux semaines entre l’Asie et l’Europe. Les navires sont plus nombreux, les soutes consomment davantage. Les chaînes logistiques, désormais fragmentées, perdent en efficacité.
Un constat partagé par Yves Guillo, expert des chaînes d’approvisionnement au cabinet Efeso. « Les temps de transport se sont allongés entre l’Asie et l’Europe, de deux semaines en moyenne, les coûts ont augmenté, parce qu’il faut 30 à 50 % de carburant en plus, et 10 à 20 % de bateaux supplémentaires pour assurer les mêmes fréquences de passage », détaille-t-il. Le coût d’un conteneur standard de 40 pieds a ainsi augmenté de 14 % entre avril 2025 et avril 2026, selon l’indice Drewry.
Ce qui se joue ici dépasse largement la région. C’est une transformation brutale du commerce mondial : un système historiquement maritime qui, sous contrainte géopolitique, se recompose en réseau hybride. Entre les ports et les marchés, ce sont désormais les camions qui absorbent les chocs, prolongent les chaînes, et maintiennent, tant bien que mal, la circulation des marchandises. Dans le silence du désert, la logistique mondiale a changé de rythme. Et elle roule.
https://www.latribune.fr/article/econom ... le-du-fret
[quote] [b][size=110]Face au blocage d'Ormuz, un « plan Marshall » transforme le désert en autoroute mondiale du fret[/size][/b]
LT (avec agences) Publié le 14 mai 2026
[b]La fermeture du détroit d’Ormuz et les tensions en mer Rouge désorganisent les routes du commerce mondial et déplacent les flux vers de nouveaux hubs régionaux. Dans le désert du Golfe, les conteneurs quittent la mer pour la route, portés par des flottes de camions devenues essentielles à la logistique internationale.[/b]
Le désert ne sert plus seulement de décor. Il est devenu une artère logistique à part entière. Depuis la fermeture du détroit d’Ormuz fin février et la désorganisation des routes maritimes en mer Rouge, les flux mondiaux de marchandises se sont déplacés, fragmentés, recomposés — et, surtout, ils roulent désormais.
Dans cette nouvelle géographie contrainte du commerce international, les conteneurs ne prennent plus la mer avant de réapparaître dans les ports du Golfe. Ils s’arrêtent, sont déchargés, puis prennent la route. Et ce sont des milliers de camions qui absorbent désormais le choc géopolitique.
Un désert saturé
Désormais, une part croissante des marchandises transite par la mer Rouge et le canal de Suez avant de toucher terre sur la façade occidentale de la péninsule Arabique. De là, tout change de nature. À Jeddah, les grues tournent sans interruption. Le port saoudien, longtemps tourné vers son arrière-pays régional, s’est transformé en plateforme de redistribution vers le Golfe. Les navires des géants mondiaux du transport maritime y déversent leurs cargaisons. Les conteneurs y changent de monde : de la mer au bitume.
Car la mer ne suffit plus. Les cargaisons repartent aussitôt vers l’intérieur des terres, par convois routiers, sur des autoroutes qui traversent des centaines de kilomètres de désert pour rejoindre Sharjah, Bahreïn ou le Koweït — désormais privés d’accès maritime direct.
Le règne discret des corridors terrestres
Plus à l’ouest et au sud, d’autres ports jouent les points de rebond. Sohar à Oman, Fujairah et Khor Fakkan aux Émirats arabes unis sont devenus des portes d’entrée alternatives, hors de la zone d’instabilité du détroit. Mais ces ports ne sont que des étapes.
Khor Fakkan incarne peut-être le mieux cette mutation silencieuse. Un port secondaire devenu, presque du jour au lendemain, un nœud critique. Le trafic routier y a explosé : d'une centaine de camions par jour à près de 7 000 aujourd'hui rapporte le Wall Street Journal. Les quais débordent, les camions s’enchaînent, les conteneurs circulent sans interruption entre mer et désert.
À mesure que les flux s’éloignent du maritime pur, les corridors terrestres deviennent des infrastructures vitales. L’Arabie saoudite tente d’en structurer plusieurs, combinant routes et rail pour relier la mer Rouge au Golfe et jusqu’à la frontière jordanienne. Une ambition stratégique, mais déjà sous pression.
Sur le terrain, le changement est visible à l’œil nu. Les files de camions s’étirent à perte de vue. Les relais logistiques se multiplient. Les temps de trajet s’allongent. À Aqaba, en Jordanie, les conteneurs débarqués prennent la route vers l’Irak. Bagdad et Bassorah sont désormais alimentées par des itinéraires hybrides. Plus au nord, la Turquie sert elle aussi de passage pour certains flux vers le territoire irakien.
Même des infrastructures encore en construction sont intégrées à cette nouvelle carte. A l'image de Neom, projet futuriste devenu malgré lui maillon logistique, participe à cette redistribution improvisée des flux.
Une logistique plus coûteuse
Dans les centres de décision des armateurs, le constat est le même : le système tient, mais au prix fort. Les trajets s’allongent de près de deux semaines entre l’Asie et l’Europe. Les navires sont plus nombreux, les soutes consomment davantage. Les chaînes logistiques, désormais fragmentées, perdent en efficacité.
Un constat partagé par Yves Guillo, expert des chaînes d’approvisionnement au cabinet Efeso. « Les temps de transport se sont allongés entre l’Asie et l’Europe, de deux semaines en moyenne, les coûts ont augmenté, parce qu’il faut 30 à 50 % de carburant en plus, et 10 à 20 % de bateaux supplémentaires pour assurer les mêmes fréquences de passage », détaille-t-il. Le coût d’un conteneur standard de 40 pieds a ainsi augmenté de 14 % entre avril 2025 et avril 2026, selon l’indice Drewry.
Ce qui se joue ici dépasse largement la région. C’est une transformation brutale du commerce mondial : un système historiquement maritime qui, sous contrainte géopolitique, se recompose en réseau hybride. Entre les ports et les marchés, ce sont désormais les camions qui absorbent les chocs, prolongent les chaînes, et maintiennent, tant bien que mal, la circulation des marchandises. Dans le silence du désert, la logistique mondiale a changé de rythme. Et elle roule.
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