Corée, Chine, Japon... À court de terrains et d’eau douce, l’industrie du data center se tourne vers l’océan dans les pays d’Asie avec des projets portés par Samsung, HiCloud ou Hitachi
Entre la barge nearshore de Samsung, les navires reconvertis de MOL et Hitachi, et le module sous-marin de HiCloud déjà opérationnel en Chine, la prochaine vague de data centers pourrait bien se jouer loin de la terre ferme... si l’équation économique est validée.
Thibault Caudron Publié le 11 juillet 2026
Le data center flottant (FDC) de Samsung Heavy Industries
Après avoir saturé les zones périurbaines, l’industrie des data centers regarde désormais vers le large, et même sous la surface. C’est notamment le cas de Samsung Heavy Industries, la branche construction navale du groupe coréen, qui investit massivement dans le secteur de l’intelligence artificielle, et qui a annoncé la commercialisation d’un data center flottant (Floating Data Center ou “FDC”) d’ici le deuxième trimestre 2028.
Une alternative à la terre ferme pour répondre à une demande exponentielle
Portée surtout par les systèmes d’IA et le cloud, le marché mondial des data centers pourrait doubler d’ici 2030, avec une capacité énergétique d’environ 200 gigawatts et des investissements de 3000 milliards de dollars. Le hic, c’est qu’ils ont besoin de vastes emprises foncières, d’une électricité abordable et de volumes d’eau considérables pour le refroidissement. Autant de ressources qui deviennent de plus en plus difficiles à obtenir à proximité des grandes agglomérations.
Aux États-Unis comme en Europe, la contestation citoyenne contre la prolifération des data centers d’IA s’intensifie même, retardant voire bloquant des projets entiers. L’installation en mer pourrait donc permettre de contourner à la fois la pénurie de foncier disponible et la lenteur des procédures d’urbanisme, tout en offrant un accès immédiat à une source de refroidissement naturelle.
Les défis techniques du data center en mer
Pour son projet, Samsung Heavy Industries construit une barge entièrement nouvelle, d’une capacité de 50 MW, intégrant une salle serveurs, un système de production d’électricité embarqué et des réservoirs de gaz naturel liquéfié. La première unité construite fera office de démonstrateur technologique, avant toute production en série. Si le projet est validé, la première génération de navires de cet type restera amarrée près des côtes et raccordée au réseau électrique terrestre, avant d’envisager des installations véritablement offshore dotées de leur propre source d’énergie.
La viabilité économique du concept reste toutefois à démontrer. L’eau salée est corrosive, les tempêtes constituent une menace permanente pour les infrastructures, et l’acheminement de la fibre optique et de l’électricité jusqu’à une barge amarrée engendre des coûts et des risques supplémentaires. Pour anticiper ces contraintes, Samsung a signé un accord de développement conjoint avec Supermicro afin de valider le comportement de systèmes d’IA déployés en environnement fluvial et maritime.
En Chine, un data center immergé alimenté par l’éolien offshore
La Chine, elle, dispose déjà d’un premier data center installé à 35 mètres sous la mer, non loin de Shanghai. Mis en service en mai 2026 et porté par HiCloud Technology aux côtés de China Telecom, de l’énergéticien Shenergy et du groupe d’infrastructures CCCC, ce projet évalué à 226 millions de dollars héberge environ 2000 serveurs dédiés à l’IA, au traitement de données et au support de la 5G. Il tire plus de 95% de son électricité d’un parc éolien offshore de plus de 200 turbines, ce qui en fait le premier data center sous-marin au monde fonctionnant intégralement à l’énergie éolienne.
Grâce à un refroidissement passif assuré par l’eau de mer, l’installation affiche un PUE inférieur à 1,15, contre une moyenne industrielle proche de 1,5, soit une réduction de 22,8% de la consommation par rapport à un site terrestre équivalent. En plus sans consommer une goutte d’eau douce, un avantage décisif face au stress hydrique croissant. Microsoft avait déjà exploré le concept entre 2013 et 2024 avec son projet Natick, qui avait montré des taux de défaillance inférieurs à ceux observés à terre. Il ne s’était pourtant pas suivi d’une industrialisation, essentiellement pour des raisons économiques et de de complexité de maintenance.
Mitsui OSK Lines et Hitachi jouent la carte du recyclage de navires
Samsung et HiCloud ne sont pas seuls sur ce créneau. Un consortium japonais réunissant Mitsui OSK Lines (MOL) et Hitachi a choisi une troisième voie. Les deux groupes veulent installer des équipements de data centers sur des navires existants reconvertis, avec un objectif de mise en service dès 2027.
Cette approche présente plusieurs avantages. L’investissement initial est réduit grâce à la réutilisation des systèmes de bord (climatisation, prise d’eau, production électrique). De plus, la surface disponible peut être considérable puisqu’un un navire transporteur de véhicules offre par exemple environ 54 000 m² de plancher, l’équivalent d’un des plus grands data centers terrestres du Japon. Le projet promet aussi des délais de construction réduits, environ un an contre trois ans pour un site terrestre classique.