par energy_isere » 06 mai 2026, 18:48
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Pourquoi l’un des plus grands projets de nickel au monde change de mains à Madagascar
Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin Publié le 05 mai 2026
Métal clé de la transition énergétique, le nickel est devenu en quelques années un enjeu mondial, porté par la demande en batteries et en véhicules électriques. À Madagascar, le projet Ambatovy, souvent cité parmi les plus importants du secteur, concentre depuis plus d’une décennie les espoirs et les fragilités d’une industrie minière encore en quête de stabilité.
À Madagascar, le groupe japonais Sumitomo a décidé de céder l’intégralité de sa participation dans Ambatovy, un actif qu’il détenait depuis plus de vingt ans, à un consortium basé à Jersey. Actée le 1er mai 2026, la décision intervient après plusieurs années de difficultés opérationnelles et financières et marque une nouvelle étape dans l’histoire d’un projet stratégique pour le pays.
Une décision prise après une revue stratégique
Le conseil d’administration de Sumitomo Corporation a décidé de transférer l’ensemble de ses participations dans le projet Ambatovy à un véhicule d’investissement dénommé Ambatovy Mineral Resources Investment Holding Company (AMRI). Selon le communiqué de l’entreprise, la décision fait suite à une revue stratégique ayant pris en compte l’évolution des conditions de marché et les différentes options disponibles.
L’opération concerne les 54,17% de parts détenues indirectement dans deux entités clés du projet, l’une dédiée à l’extraction minière, l’autre au raffinage. Sur le plan financier, elle est présentée comme une transaction à valeur négative de 66,9 milliards de yens (363,8 millions d’euros), c’est-à-dire que Sumitomo procède à la cession en acceptant de perdre de l’argent.
Le groupe japonais prévoit en outre une perte d’environ 70 milliards de yens (environ 380 millions d’euros) dans ses comptes consolidés au premier trimestre de l’exercice en cours. Des pertes supplémentaires sont attendues dans les comptes non consolidés sur l’ensemble de l’exercice.
La finalisation de la transaction est prévue pour le premier semestre de l’exercice fiscal se terminant en mars 2027.
Un projet fragilisé par des difficultés opérationnelles
Le retrait de Sumitomo survient après plusieurs mois particulièrement difficiles pour le projet. Lancé en 2009 pour un investissement estimé à 8 milliards de dollars, ce complexe minier et industriel a été conçu pour produire jusqu’à 60 000 tonnes de nickel par an, ainsi que du cobalt.
Dans les faits, les performances sont restées en deçà des objectifs. Ces dernières années, la production a été affectée par des dysfonctionnements techniques, y compris au niveau des installations de traitement. Un incident sur un pipeline de transport du minerai a par exemple entraîné une suspension des opérations en 2024, retardant la montée en puissance du site.
Début 2026, le cyclone Gezani, qui a frappé la côte est de Madagascar, a aggravé la situation. Les activités avaient été interrompues par précaution, mais les dégâts ont prolongé l’arrêt sans calendrier clair de redémarrage.
À cela s’ajoute un environnement de marché moins favorable. Après un pic en 2022, les prix du nickel ont nettement reculé, réduisant les marges et compliquant la rentabilité de projets à coûts élevés comme Ambatovy. Preuve de l’ampleur de ces difficultés, la valeur comptable de l’actif a été ramenée à zéro dans les comptes de Sumitomo pour l’exercice clos en mars 2024.
Un tournant pour Madagascar en pleine relance minière
Pour le moment, les autorités malgaches n’ont pas encore réagi au départ annoncé du groupe japonais, qui intervient alors que le pays cherche justement à relancer son secteur extractif et à attirer de nouveaux investisseurs.
Ce retrait suscite des interrogations quant à un éventuel impact sur les plans du gouvernement, sachant que le nickel est l’une des ressources minérales phares du pays. En 2022, il représentait encore environ 25% des exportations, selon la Banque centrale malgache.
Il faut néanmoins rappeler que le potentiel minier de Madagascar ne se limite pas au nickel. Le pays exploite déjà des sables minéraux, pour produire de l’ilménite, utilisée dans le titane, ainsi que du zircon. Il figure aussi parmi les principaux producteurs africains de graphite, avec environ 89 000 tonnes produites en 2024 selon les estimations de l’US Geological Survey. Ses réserves, estimées à 27 millions de tonnes, sont les plus importantes du continent.
D’autres ressources suscitent également l’intérêt des investisseurs. Si la Grande île ne possède pas encore de mines de terres rares, plusieurs projets avancent sous l’impulsion d’entreprises étrangères.
Pour les autorités, qui viennent de lever un moratoire qui avait gelé pendant plus d’une décennie l’octroi de nouveaux permis miniers, l’enjeu est de maintenir une bonne dynamique dans un secteur qui a représenté en 2023 environ 4,6% du PIB réel selon l’ITIE.
https://www.latribune.fr/article/afriqu ... madagascar
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[quote] [b][size=120]Pourquoi l’un des plus grands projets de nickel au monde change de mains à Madagascar[/size][/b]
Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin Publié le 05 mai 2026
[b]Métal clé de la transition énergétique, le nickel est devenu en quelques années un enjeu mondial, porté par la demande en batteries et en véhicules électriques. À Madagascar, le projet Ambatovy, souvent cité parmi les plus importants du secteur, concentre depuis plus d’une décennie les espoirs et les fragilités d’une industrie minière encore en quête de stabilité.[/b]
À Madagascar, le groupe japonais Sumitomo a décidé de céder l’intégralité de sa participation dans Ambatovy, un actif qu’il détenait depuis plus de vingt ans, à un consortium basé à Jersey. Actée le 1er mai 2026, la décision intervient après plusieurs années de difficultés opérationnelles et financières et marque une nouvelle étape dans l’histoire d’un projet stratégique pour le pays.
[b]Une décision prise après une revue stratégique[/b]
Le conseil d’administration de Sumitomo Corporation a décidé de transférer l’ensemble de ses participations dans le projet Ambatovy à un véhicule d’investissement dénommé Ambatovy Mineral Resources Investment Holding Company (AMRI). Selon le communiqué de l’entreprise, la décision fait suite à une revue stratégique ayant pris en compte l’évolution des conditions de marché et les différentes options disponibles.
L’opération concerne les 54,17% de parts détenues indirectement dans deux entités clés du projet, l’une dédiée à l’extraction minière, l’autre au raffinage. Sur le plan financier, elle est présentée comme une transaction à valeur négative de 66,9 milliards de yens (363,8 millions d’euros), c’est-à-dire que Sumitomo procède à la cession en acceptant de perdre de l’argent.
Le groupe japonais prévoit en outre une perte d’environ 70 milliards de yens (environ 380 millions d’euros) dans ses comptes consolidés au premier trimestre de l’exercice en cours. Des pertes supplémentaires sont attendues dans les comptes non consolidés sur l’ensemble de l’exercice.
La finalisation de la transaction est prévue pour le premier semestre de l’exercice fiscal se terminant en mars 2027.
[b]Un projet fragilisé par des difficultés opérationnelles[/b]
Le retrait de Sumitomo survient après plusieurs mois particulièrement difficiles pour le projet. Lancé en 2009 pour un investissement estimé à 8 milliards de dollars, ce complexe minier et industriel a été conçu pour produire jusqu’à 60 000 tonnes de nickel par an, ainsi que du cobalt.
Dans les faits, les performances sont restées en deçà des objectifs. Ces dernières années, la production a été affectée par des dysfonctionnements techniques, y compris au niveau des installations de traitement. Un incident sur un pipeline de transport du minerai a par exemple entraîné une suspension des opérations en 2024, retardant la montée en puissance du site.
Début 2026, le cyclone Gezani, qui a frappé la côte est de Madagascar, a aggravé la situation. Les activités avaient été interrompues par précaution, mais les dégâts ont prolongé l’arrêt sans calendrier clair de redémarrage.
À cela s’ajoute un environnement de marché moins favorable. Après un pic en 2022, les prix du nickel ont nettement reculé, réduisant les marges et compliquant la rentabilité de projets à coûts élevés comme Ambatovy. Preuve de l’ampleur de ces difficultés, la valeur comptable de l’actif a été ramenée à zéro dans les comptes de Sumitomo pour l’exercice clos en mars 2024.
[b]Un tournant pour Madagascar en pleine relance minière[/b]
Pour le moment, les autorités malgaches n’ont pas encore réagi au départ annoncé du groupe japonais, qui intervient alors que le pays cherche justement à relancer son secteur extractif et à attirer de nouveaux investisseurs.
Ce retrait suscite des interrogations quant à un éventuel impact sur les plans du gouvernement, sachant que le nickel est l’une des ressources minérales phares du pays. En 2022, il représentait encore environ 25% des exportations, selon la Banque centrale malgache.
Il faut néanmoins rappeler que le potentiel minier de Madagascar ne se limite pas au nickel. Le pays exploite déjà des sables minéraux, pour produire de l’ilménite, utilisée dans le titane, ainsi que du zircon. Il figure aussi parmi les principaux producteurs africains de graphite, avec environ 89 000 tonnes produites en 2024 selon les estimations de l’US Geological Survey. Ses réserves, estimées à 27 millions de tonnes, sont les plus importantes du continent.
D’autres ressources suscitent également l’intérêt des investisseurs. Si la Grande île ne possède pas encore de mines de terres rares, plusieurs projets avancent sous l’impulsion d’entreprises étrangères.
Pour les autorités, qui viennent de lever un moratoire qui avait gelé pendant plus d’une décennie l’octroi de nouveaux permis miniers, l’enjeu est de maintenir une bonne dynamique dans un secteur qui a représenté en 2023 environ 4,6% du PIB réel selon l’ITIE.
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https://www.latribune.fr/article/afrique/42839908139655/pourquoi-l-un-des-plus-grands-projets-de-nickel-au-monde-change-de-mains-a-madagascar