par energy_isere » 23 sept. 2026, 10:43
Le Français Framatome franchit un « plafond de verre » du nucléaire mondial en livrant à un réacteur américain un combustible enrichi à un seuil historique
Guillaume AIGRON 22 septembre 2026
Le 21 septembre 2026, Framatome, notre fleuron national du nucléaire, a annoncé la signature du premier contrat commercial au monde pour fournir à un réacteur américain en service une recharge de combustible enrichie au-delà de 5 % en uranium 235.
Un seuil qui n’a l’air de rien, mais qui bornait l’industrie nucléaire depuis un demi-siècle. Les premières livraisons sont attendues au printemps 2028.
Il faut savoir pour commencer que la quasi-totalité des réacteurs de la planète tournent avec un combustible enrichi entre 3 et 5 % d’uranium 235, un isotope qui libère de l’énergie en se fissionnant.
Ce plafond de 5 % n’est pas une limite physique, mais une frontière réglementaire et logistique héritée des débuts de l’atome civil, verrouillant les autorisations, les usines et les emballages de transport.
Le problème, c’est que ce plafond bride la performance. Selon l’institut de recherche américain EPRI, 99 % des gains d’efficacité d’un réacteur dépendent de l’enrichissement et du taux de combustion du combustible. En restant sous 5 %, les exploitants se privent d’un levier majeur. Franchir cette barre ouvre une nouvelle catégorie, baptisée LEU+, qui s’étend de 5 à 10 %, et qui change concrètement la vie d’une centrale.
Grâce à ce combustible plus riche, le réacteur client pourra allonger son cycle de fonctionnement de 18 à 24 mois. En clair, il tournera plus longtemps entre deux arrêts de rechargement, ces interruptions coûteuses où la centrale ne produit rien.
Moins d’arrêts, c’est plus d’électricité, une meilleure rentabilité, et moins de déchets générés pour chaque mégawattheure produit.
Ce que Framatome a vraiment décroché
En vérité, Framatome n’est pas « tout à fait » la première entreprise à glisser du combustible à plus de 5 % dans un réacteur américain. Ce galon revient à son concurrent Westinghouse, qui avait inséré dès avril 2025 quatre assemblages d’essai enrichis à 6 % dans le réacteur Vogtle 2, en Géorgie.
Framatome vient bien en revanche de gagner le premier contrat de recharge complète de l’Histoire. Là où Westinghouse testait une poignée d’assemblages expérimentaux, Framatome s’engage à livrer une véritable série de recharges destinées à faire tourner durablement le réacteur, avec des options pour de futures livraisons.
On passe du prototype à l’industriel, ce qui n’est pas la même affaire.
Un champion français, mais un produit américain
Ce succès porte les couleurs d’un groupe tricolore, mais il faut là aussi nuancer. Le combustible en question sera fabriqué non pas en France, mais aux États-Unis, dans l’usine Framatome de Richland, dans l’État de Washington. Ce site, fort de plus de cinquante-cinq ans d’expérience, a été modernisé pendant quatre ans et a obtenu en 2026 l’autorisation du régulateur américain pour enrichir bien au-delà de 5 %, jusqu’à près de 10 %. Le développement a en outre bénéficié du soutien du programme public américain sur les combustibles tolérants aux accidents.
Autrement dit, il s’agit d’un produit américain conçu par une entreprise française, pour un client américain. La performance n’en reste pas moins celle de Framatome, qui prend une longueur d’avance commerciale sur un marché stratégique, celui de la modernisation du plus grand parc nucléaire du monde. Le groupe s’appuie pour cela sur son combustible GAIA, sa conception la plus avancée pour les réacteurs à eau pressurisée.
Framatome n’a pas dévoilé le nom de l’exploitant, mais il s’agit d’un client de longue date déjà équipé de son combustible. Le profil correspond à celui de Constellation Energy, sur la centrale de Calvert Cliffs (Maryland), où Framatome teste depuis 2021 son combustible avancé dans le cadre du même programme public américain, sans qu’un lien officiel ait toutefois été établi avec ce contrat.
Une course mondiale qui s’accélère
Framatome n’avance pas seul sur ce terrain, et c’est même une compétition serrée qui se joue.
Westinghouse, avec sa technologie ADOPT, pousse par exemple ses propres pastilles enrichies jusqu’à 8 %. Le fabricant GE-Hitachi a lui aussi été autorisé à produire du combustible à 8 % en Caroline du Nord tandis que l’européen Urenco a été le premier à obtenir le feu vert pour produire du LEU+ à près de 10 %, dès fin 2025. Toute la filière, des enrichisseurs aux fabricants, est en train de faire sauter le verrou des 5 % en même temps.
Rappelons que le nucléaire vit un retour en grâce spectaculaire depuis quelques années. En 2025, les réacteurs du monde ont produit un record de 2 702 térawattheures d’électricité, soit environ 9 % du courant de la planète, et plus de 70 gigawatts de nouvelles capacités sont en chantier, l’un des plus hauts niveaux depuis trente ans. Trente-huit pays se sont engagés à tripler la capacité nucléaire mondiale d’ici 2050, pour la porter de 403 à 1 200 gigawatts, et les investissements du secteur ont bondi de plus de 70 % en cinq ans, dépassant désormais 75 milliards de dollars par an (environ 64 milliards d’euros).
Dans ce contexte, tirer davantage des réacteurs déjà en service est la voie la plus rapide et la moins chère pour augmenter la production, sans construire une seule centrale neuve : l’Agence internationale de l’énergie rappelle d’ailleurs que la prolongation du parc existant reste la source d’électricité bas carbone la plus immédiate et la plus économique.
Le combustible plus enrichi est l’une des clés de cette optimisation, et le contrat de Framatome montre qu’on passe enfin des essais aux commandes fermes.
https://media24.fr/2026/09/22/le-franca ... istorique/
https://newsroomframatomecom.epresspack ... s-reactor/
[quote] [b][size=110]Le Français Framatome franchit un « plafond de verre » du nucléaire mondial en livrant à un réacteur américain un combustible enrichi à un seuil historique[/size][/b]
Guillaume AIGRON 22 septembre 2026
[b]Le 21 septembre 2026, Framatome, notre fleuron national du nucléaire, a annoncé la signature du premier contrat commercial au monde pour fournir à un réacteur américain en service une recharge de combustible enrichie au-delà de 5 % en uranium 235.[/b]
Un seuil qui n’a l’air de rien, mais qui bornait l’industrie nucléaire depuis un demi-siècle. Les premières livraisons sont attendues au printemps 2028.
Il faut savoir pour commencer que la quasi-totalité des réacteurs de la planète tournent avec un combustible enrichi entre 3 et 5 % d’uranium 235, un isotope qui libère de l’énergie en se fissionnant.
Ce plafond de 5 % n’est pas une limite physique, mais une frontière réglementaire et logistique héritée des débuts de l’atome civil, verrouillant les autorisations, les usines et les emballages de transport.
Le problème, c’est que ce plafond bride la performance. Selon l’institut de recherche américain EPRI, 99 % des gains d’efficacité d’un réacteur dépendent de l’enrichissement et du taux de combustion du combustible. En restant sous 5 %, les exploitants se privent d’un levier majeur. Franchir cette barre ouvre une nouvelle catégorie, baptisée LEU+, qui s’étend de 5 à 10 %, et qui change concrètement la vie d’une centrale.
Grâce à ce combustible plus riche, le réacteur client pourra allonger son cycle de fonctionnement de 18 à 24 mois. En clair, il tournera plus longtemps entre deux arrêts de rechargement, ces interruptions coûteuses où la centrale ne produit rien.
Moins d’arrêts, c’est plus d’électricité, une meilleure rentabilité, et moins de déchets générés pour chaque mégawattheure produit.
[b]Ce que Framatome a vraiment décroché[/b]
En vérité, Framatome n’est pas « tout à fait » la première entreprise à glisser du combustible à plus de 5 % dans un réacteur américain. Ce galon revient à son concurrent Westinghouse, qui avait inséré dès avril 2025 quatre assemblages d’essai enrichis à 6 % dans le réacteur Vogtle 2, en Géorgie.
Framatome vient bien en revanche de gagner le premier contrat de recharge complète de l’Histoire. Là où Westinghouse testait une poignée d’assemblages expérimentaux, Framatome s’engage à livrer une véritable série de recharges destinées à faire tourner durablement le réacteur, avec des options pour de futures livraisons.
On passe du prototype à l’industriel, ce qui n’est pas la même affaire.
[b]Un champion français, mais un produit américain[/b]
Ce succès porte les couleurs d’un groupe tricolore, mais il faut là aussi nuancer. Le combustible en question sera fabriqué non pas en France, mais aux États-Unis, dans l’usine Framatome de Richland, dans l’État de Washington. Ce site, fort de plus de cinquante-cinq ans d’expérience, a été modernisé pendant quatre ans et a obtenu en 2026 l’autorisation du régulateur américain pour enrichir bien au-delà de 5 %, jusqu’à près de 10 %. Le développement a en outre bénéficié du soutien du programme public américain sur les combustibles tolérants aux accidents.
Autrement dit, il s’agit d’un produit américain conçu par une entreprise française, pour un client américain. La performance n’en reste pas moins celle de Framatome, qui prend une longueur d’avance commerciale sur un marché stratégique, celui de la modernisation du plus grand parc nucléaire du monde. Le groupe s’appuie pour cela sur son combustible GAIA, sa conception la plus avancée pour les réacteurs à eau pressurisée.
Framatome n’a pas dévoilé le nom de l’exploitant, mais il s’agit d’un client de longue date déjà équipé de son combustible. Le profil correspond à celui de Constellation Energy, sur la centrale de Calvert Cliffs (Maryland), où Framatome teste depuis 2021 son combustible avancé dans le cadre du même programme public américain, sans qu’un lien officiel ait toutefois été établi avec ce contrat.
[b]Une course mondiale qui s’accélère[/b]
Framatome n’avance pas seul sur ce terrain, et c’est même une compétition serrée qui se joue.
Westinghouse, avec sa technologie ADOPT, pousse par exemple ses propres pastilles enrichies jusqu’à 8 %. Le fabricant GE-Hitachi a lui aussi été autorisé à produire du combustible à 8 % en Caroline du Nord tandis que l’européen Urenco a été le premier à obtenir le feu vert pour produire du LEU+ à près de 10 %, dès fin 2025. Toute la filière, des enrichisseurs aux fabricants, est en train de faire sauter le verrou des 5 % en même temps.
Rappelons que le nucléaire vit un retour en grâce spectaculaire depuis quelques années. En 2025, les réacteurs du monde ont produit un record de 2 702 térawattheures d’électricité, soit environ 9 % du courant de la planète, et plus de 70 gigawatts de nouvelles capacités sont en chantier, l’un des plus hauts niveaux depuis trente ans. Trente-huit pays se sont engagés à tripler la capacité nucléaire mondiale d’ici 2050, pour la porter de 403 à 1 200 gigawatts, et les investissements du secteur ont bondi de plus de 70 % en cinq ans, dépassant désormais 75 milliards de dollars par an (environ 64 milliards d’euros).
Dans ce contexte, tirer davantage des réacteurs déjà en service est la voie la plus rapide et la moins chère pour augmenter la production, sans construire une seule centrale neuve : l’Agence internationale de l’énergie rappelle d’ailleurs que la prolongation du parc existant reste la source d’électricité bas carbone la plus immédiate et la plus économique.
Le combustible plus enrichi est l’une des clés de cette optimisation, et le contrat de Framatome montre qu’on passe enfin des essais aux commandes fermes.
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https://media24.fr/2026/09/22/le-francais-framatome-franchit-un-plafond-de-verre-du-nucleaire-mondial-en-livrant-a-un-reacteur-americain-un-combustible-enrichi-a-un-seuil-historique/
https://newsroomframatomecom.epresspack.link/medias/nuclear-industry-breakthrough-contract-to-implement-high-enriched-fuel-assemblies-at-us-reactor/