Des mineurs polonais se forment à l’éolien pour quitter le charbon
AFP avec Connaissance des Énergies le 17 juillet 2026
Une reconversion encadrée par EDF Power Solutions Pologne
À Gorzyca, dans l’ouest de la Pologne, Grzegorz Witek participe avec sept autres mineurs à une formation organisée par EDF Power Solutions Pologne pour préparer leur passage vers la maintenance de turbines. Le programme vise des travailleurs issus de mines de charbon encore en activité, alors que la filière polonaise perd des effectifs et que l’éolien devient un débouché industriel identifié.
Avant l’exercice sur des mâts réels, les stagiaires ont passé trois semaines au centre Vulcan de Szczecin, port situé sur la Baltique. La formation couvre la maintenance, la sécurité, le travail en hauteur et les premiers secours, avec une progression conçue pour des interventions sur des machines de grande taille.
Grzegorz Witek, qui a travaillé quatorze ans au fond, décrit le contraste avec la mine par une rupture physique et sensorielle. « C'est l'espace, le sentiment de liberté(...), c'est le vent qui souffle », dit-il après être redescendu de la turbine, avant d’ajouter : « Chez nous, il fait toujours sombre, il n'y a pas de monde extérieur, pas de soleil. Ici, on travaille à l'air libre ».
Des compétences minières transférées vers les turbines
L’instructeur Michal Rak estime que l’expérience minière constitue un avantage pour ces reconversions. Selon lui, les mineurs connaissent les procédures en environnement dangereux et traitent les risques avec discipline : « Après avoir travaillé à un kilomètre sous terre, se retrouver à des centaines de mètres au-dessus du sol ne les impressionne pas vraiment ».
Patryk Paja, 29 ans, dont trois années dans la mine, travaille dans des galeries descendant jusqu’à 1 300 mètres. Pour lui, le changement de secteur répond à une contrainte professionnelle : « Le secteur minier est en train de s'éteindre en Pologne et il faut changer quelque chose dans sa vie ».
Le même stagiaire rattache cette décision à la transformation du système électrique polonais. « C'est la transition énergétique. On passe à l'énergie verte, fini le charbon », résume-t-il avant de monter vers le sommet d’une turbine.
Le recul du charbon transforme le marché du travail
Le charbon a longtemps porté une partie de l’économie et de l’identité industrielle polonaises, notamment en Silésie. Les entreprises minières restent toutefois déficitaires malgré l’appui public : l’État a consacré 2,1 milliards d’euros au secteur en 2024, tandis que l’extraction d’une tonne de charbon coûte près de deux fois plus cher que son importation.
La production électrique polonaise reste encore fortement carbonée, mais la part du charbon a nettement diminué, passant d’environ 90% en 2008 à près de 50% actuellement. Selon le ministère polonais du Climat et de l’Environnement, les renouvelables ont fourni près de 55 000 GWh d’électricité en 2025, soit 31,41% de la production nationale, avec 24 808 MW de solaire et 10 550 MW d’éolien installés à la fin de l’année.
Le gouvernement polonais vise une montée des productions solaire et éolienne au-delà de 50% de l’électricité en 2030 et jusqu’à 69% en 2040. Le Plan national énergie-climat adopté en juin 2026 précise une part des renouvelables d’environ 52% à 53% dans la production électrique en 2030, puis de 66% à 69% en 2040, tandis que la première centrale nucléaire du pays doit entrer en service en 2036.
EDF dit avoir déjà proposé des emplois aux stagiaires
La diminution des effectifs miniers donne l’échelle sociale du basculement : le secteur employait près de 400 000 personnes à la fin de l’ère communiste, contre environ 70 000 aujourd’hui. Le gouvernement polonais anticipe en parallèle la création d’environ 300 000 emplois liés à la transition énergétique d’ici 2030.
Alicja Chilinska-Zawadzka, présidente d’EDF Power Solutions Pologne, estime que les recrutements dans l’éolien vont augmenter fortement dans les prochaines années. Depuis trois ans, la filiale du groupe français finance et organise ces sessions de reconversion ; une cinquantaine de mineurs y ont participé et tous ont reçu une proposition d’emploi, selon l’entreprise.
Mariusz Tomalik, porte-parole de la Compagnie de restructuration des mines, indique que le vivier de candidats s’est élargi au fil des éditions. Selon lui, la première session comptait cinq mineurs pour dix places, tandis que les éditions suivantes ont reçu quatre fois plus de demandes que de places disponibles.
Marek Mikolajczyk, 41 ans, ancien mineur pendant dix ans, travaille dans les turbines depuis un an et demi. Il cite un emploi « plus agréable, plus léger et moins dangereux », avec une rémunération supérieure et des déplacements plus nombreux, mais souligne aussi les séparations familiales lors de missions longues, comme celle qu’il effectue au Kosovo pour installer un parc éolien.