https://www.agenceecofin.com/actualites ... europeenneAu-delà des câbles, le Maroc cherche une place dans l’architecture énergétique européenne
Agence Ecofin 23 juillet 2026
L’Europe accélère sa transition bas carbone et cherche de nouveaux relais énergétiques. Dans cette recomposition, l’Afrique du Nord veut transformer son potentiel renouvelable en levier d’intégration aux marchés électriques européens. Le Maroc entend y jouer un rôle stratégique.
Le projet Sila Atlantik ambitionne de devenir l’un des plus grands corridors électriques entre l’Afrique et l’Europe. Avec une capacité potentielle de 15 GW d’énergies renouvelables produites au Maroc et une liaison sous-marine de 4 800 km vers l’Allemagne, cette infrastructure, évaluée à 30 milliards de dollars, doit permettre d’acheminer une partie de l’électricité verte marocaine vers le marché européen.
Au-delà de ses dimensions techniques, le projet cristallise une ambition plus large : celle du rôle que Rabat souhaite jouer dans le futur système énergétique européen. Le Maroc ne veut pas seulement exporter de l’électricité renouvelable. Il cherche à devenir un partenaire industriel et énergétique contribuant aux objectifs de sécurité d’approvisionnement et de décarbonation du continent.
Les garanties, nouveau point de friction autour de Sila Atlantik
Selon des sources citées par Reuters, le développement du projet est actuellement ralenti par des désaccords sur son cadre institutionnel et les garanties nécessaires à sa réalisation. Les autorités marocaines souhaitent notamment un accord intergouvernemental formellement soutenu par Berlin afin de sécuriser l’engagement politique autour de l’infrastructure. Elles demandent également que la liaison permette des échanges bidirectionnels d’électricité, et non une simple exportation vers l’Allemagne.
Ces discussions illustrent les difficultés auxquelles sont confrontés les grands projets d’interconnexion transcontinentale. Leur réussite dépend non seulement de la faisabilité technique, mais aussi de mécanismes capables de sécuriser les investissements : engagements publics, cadre réglementaire et garanties sur la commercialisation de l’électricité. Le précédent Xlinks, dont le développement a été compromis par le refus du gouvernement britannique de lui accorder le soutien financier demandé, a montré que la disponibilité des ressources renouvelables ne suffit pas à garantir la réalisation d’une infrastructure de cette ampleur.
Le Maroc multiplie les connexions avec l’Europe
Sila Atlantik s’inscrit dans une stratégie engagée depuis plusieurs années par le Maroc pour renforcer ses échanges électriques internationaux. Le pays dispose déjà de la seule interconnexion électrique opérationnelle entre l'Afrique et l'Europe, grâce à deux liaisons sous-marines avec l'Espagne totalisant 1,4 GW de capacité.
Cette infrastructure a démontré son importance stratégique lors de la panne électrique qui a touché la péninsule Ibérique en 2025, en contribuant au soutien de l’approvisionnement espagnol. Rabat cherche désormais à développer de nouveaux points de connexion avec ses partenaires européens.
Une troisième liaison avec l’Espagne, d’une capacité annoncée de 700 MW, est envisagée. Le Maroc et le Portugal travaillent également sur une interconnexion pouvant nécessiter jusqu’à 735 millions d’euros d’investissement, tandis qu’un raccordement avec la France figure parmi les pistes étudiées.
Cette dynamique répond aux besoins européens de sécurisation des réseaux et de diversification des sources d’électricité bas carbone. Pour le Maroc, elle représente une opportunité de valoriser ses capacités solaires et éoliennes en attirant des investissements dans la production et les infrastructures associées.
La tendance dépasse d’ailleurs le cas marocain. D’autres projets visent à rapprocher les capacités renouvelables nord-africaines des marchés européens, comme l’interconnexion ELMED entre la Tunisie et l’Italie ou GREGY entre l’Égypte et la Grèce. L’objectif est de faire de la région un relais de la transition énergétique européenne.
Le défi de rendre les grands corridors énergétiques finançables
Le principal obstacle aux grands projets électriques ne réside toutefois pas uniquement dans la disponibilité des ressources renouvelables. L’enjeu central est désormais de construire un modèle économique capable de sécuriser des investissements de plusieurs dizaines de milliards de dollars.
Le cas Xlinks illustre cette difficulté. Le potentiel énergétique marocain n’était pas remis en cause, mais le projet a buté sur les mécanismes de financement, les garanties publiques et les engagements nécessaires pour sécuriser les revenus futurs.
Pour des infrastructures de cette ampleur, les investisseurs recherchent une visibilité sur plusieurs décennies, notamment à travers des contrats d’achat d’électricité, des règles d’accès aux marchés et une répartition claire des risques entre acteurs publics et privés.
Sila Atlantik devra franchir cette étape pour passer du statut d’initiative stratégique à celui d’infrastructure pleinement bancable. La société allemande chargée de porter le projet affirme néanmoins que celui-ci progresse conformément à sa feuille de route technique, commerciale, réglementaire et financière.
voir aussi le fil sur XLinks : viewtopic.php?p=2425780#p2425780
