IA : la consommation électrique des datacenters en France pourrait quadrupler d'ici 2035
Par Estelle Nguyen Publié le 07/01/2026 Boursier.com
L'essor de l'intelligence artificielle et la multiplication des usages numériques des Français menacent de faire exploser la consommation énergétique des centres de données, alerte l'Ademe.
La facture énergétique du numérique français s'annonce salée... Selon un rapport publié mardi par l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), la consommation électrique des datacenters pourrait être multipliée par 3,7 sur le territoire français d'ici 2035, et par 4,4 si l'on intègre les infrastructures étrangères sollicitées pour répondre aux besoins des utilisateurs hexagonaux. Cette projection intervient dans un contexte où "l'accroissement de l'offre de services numériques, combiné à une adoption massive des usages et un encadrement faible des services numériques concernant les enjeux environnementaux conduit à une montée en puissance inéluctable et rapide de la consommation des centres de données", souligne l'étude.
Basé sur des données collectées et des projections jusqu'en 2060, le rapport de l'Ademe dresse un bilan préoccupant. En 2024, la France compte 352 centres de données actifs, consommant 8,16 TWh d'électricité. En y ajoutant les salles informatiques des bâtiments tertiaires, la consommation atteint environ 10 TWh. Dans un scénario dit "tendanciel" où rien n'est fait pour endiguer cette croissance, la consommation pourrait atteindre 36,73 TWh sur le territoire national en 2035, soit près de quatre fois plus qu'aujourd'hui.
L'Ademe évoque plusieurs raisons à cette hausse. En premier, l'intelligence artificielle (IA) générative et agentielle, dont le développement rapide exige de fortes puissances de calcul. Ensuite, la blockchain, encore peu développée en France, pourrait aussi croître fortement. Enfin, le dialogue machine à machine (M2M) et l'Internet des objets (IoT) participent à cette progression, le numérique continuant "de capter, générer et analyser des données en s'affranchissant de la barrière de l'individu", précise le rapport.
Cinq scénarios d'évolution
Face à ce constat, l'Ademe a modélisé cinq scénarios d'évolution, du plus sobre au plus énergivore. Le scénario "Génération Frugale" mise sur une sobriété forte, avec une réduction de certains usages numériques et un moratoire sur la construction de nouveaux centres. A l'inverse, le scénario "Pari Réparateur" table sur des compensations technologiques, avec une consommation pouvant atteindre 33 TWh en France et près de 110 TWh en intégrant l'étranger. Entre les deux, les scénarios "Coopérations Territoriales" et "Technologies Vertes" proposent des approches intermédiaires, basées sur la concertation locale ou l'innovation.
Les conséquences en termes d'émissions de gaz à effet de serre sont également inquiétantes. Dans le scénario tendanciel, les émissions liées aux centres de données en France pourraient tripler d'ici 2035. En intégrant les infrastructures étrangères, elles passeraient de 7,3 millions à 23,4 millions de tonnes de CO2 équivalent. A l'horizon 2050, elles pourraient atteindre 55,6 millions de tonnes, compromettant gravement les engagements climatiques.
Appel à "une politique de sobriété très volontariste"
Le rapport souligne aussi le potentiel de récupération de la chaleur fatale émise par ces centres. En 2035, selon le scénario "Coopérations Territoriales", jusqu'à 6,2 TWh de chaleur pourraient être récupérés, soit près d'un quart de la consommation électrique des datacenters. Mais l'Ademe rappelle que cette récupération reste aujourd'hui marginale en France, et que ces chiffres sont théoriques, sans garantie de faisabilité économique ou technique.
"Seule une politique de sobriété très volontariste, modifiant en profondeur nos modes de vie, permettrait une inflexion permettant de réduire les consommations futures des centres de données", estime l'Ademe. L'agence insiste sur le fait que les gains technologiques, comme l'efficacité accrue ou la récupération de chaleur, ne suffiront pas sans une forte politique de sobriété numérique.