L'or recyclé, un levier sous-estimé de souveraineté et de durabilité
Chronique d'Yann Bouillonnec 13 avril 2026
Dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques, la volatilité des marchés des matières premières et l’urgence climatique, la question de l’approvisionnement en ressources stratégiques devient centrale. L’or, valeur refuge et composant de nombreux secteurs industriels et technologiques, n’échappe pas à cette réalité.
Pourtant, un levier reste largement sous-estimé : l’or recyclé. C’est une erreur stratégique à l’heure où la souveraineté économique est une priorité. Recyclable à l’infini sans perte de qualité, ce métal précieux permet de concilier sécurité d’approvisionnement, souveraineté économique et transition écologique.
Au-delà de son image associée à la joaillerie ou à l’investissement, l’or recyclé s’inscrit dans une logique d’économie circulaire et de valorisation des ressources déjà présentes dans l’économie.
L’or : une ressource stratégique sous tension
L’or ne se limite pas à une valeur patrimoniale : c’est un matériau essentiel pour des secteurs aussi variés que l’électronique, l’aéronautique, la médecine ou les technologies de pointe. Selon le Conseil Mondial de l’Or, en 2024, la demande d’or technologique a atteint 326 tonnes, soit 7 % de plus que l’année précédente.
Portée par les banques centrales, les investisseurs et les industries technologiques, l’once d’or a vu sa valorisation augmenter de 65% en 2025.
Dans le même temps, l’extraction aurifère reste concentrée dans un nombre limité de régions du monde, exposant les chaînes d’approvisionnement à des risques géopolitiques et économiques croissants.
Nous continuons donc à dépendre de ressources lointaines, coûteuses et incertaines… alors même qu’une partie significative de l’or est déjà disponible.
L’or recyclé : une mine déjà à notre portée
Contrairement à la plupart des matières premières, l’or peut être recyclé indéfiniment sans perdre ni sa pureté ni ses propriétés.
Bijoux oubliés, lingots inutilisés, composants électroniques ou déchets industriels constituent un véritable gisement : une “mine urbaine”, déjà présente dans nos économies.
Selon l’intégrateur d’écologie industrielle ADIMAS, près d’un quart de l’offre mondiale d’or provient aujourd’hui du recyclage. Le processus est maîtrisé : collecte, tri, analyse de la pureté, fusion puis raffinage permettent d’obtenir de l’or 24 carats prêt à être réutilisé dans la joaillerie, l’industrie ou l’investissement.
Autrement dit, une partie de la réponse à la tension sur les ressources ne se trouve pas sous terre, mais déjà dans nos tiroirs. L’or recyclé permet ainsi de transformer un stock dormant en ressource stratégique.
Un levier concret pour la transition écologique
L’extraction aurifère figure parmi les activités les plus impactantes sur le plan environnemental : déforestation, forte consommation d’eau, et utilisation de produits chimiques comme le cyanure ou le mercure... Selon l’association en faveur de la sobriété énergétique Negawatt, la production d’une seule tonne d’or par extraction minière génère l’émission de 18 000 tonnes de CO2, ce qui correspond à l’empreinte carbone moyenne de 2 000 Français pendant un an.
À l’inverse, le recyclage permet de réduire drastiquement ces impacts, en limitant le recours à l’extraction primaire et en diminuant l’empreinte carbone globale.
Dans un contexte où les entreprises renforcent leurs engagements ESG, l’or recyclé s’inscrit pleinement dans la logique d’économie circulaire : chaque gramme d’or recyclé est un gramme d’or qui n’a pas besoin d’être extrait.
Un enjeu croissant de souveraineté économique
La dépendance aux importations de matières premières constitue une fragilité structurelle pour de nombreuses économies. Développer les filières de recyclage de l’or permet donc de relocaliser une partie de l’approvisionnement et de transformer des ressources dormantes en valeur économique.
L’or recyclé devient ainsi un levier stratégique qui permet de réduire la dépendance extérieure, créer de la richesse localement, et sécuriser les chaînes d’approvisionnement. En structurant ces circuits de valorisation, les pays peuvent renforcer leur autonomie stratégique tout en créant de la valeur sur leur territoire.
À l’heure où la souveraineté économique et la transition écologique s’imposent comme deux priorités majeures, l’or recyclé apparaît comme une solution stratégique encore largement sous-exploitée.
Parce qu’il est recyclable à l’infini et conserve toutes ses propriétés, l’or permet de concilier sécurité d’approvisionnement, responsabilité environnementale et performance économique.
Dans un contexte où les ressources naturelles se raréfient et les chaînes d’approvisionnement se fragilisent, la question n’est peut-être plus de savoir où chercher l’or, mais comment mieux utiliser celui que nous avons déjà.
https://www.journaldunet.com/patrimoine ... urabilite/
Cet article reste trop généraliste, on aurait aimé connaitre le chiffre d'Or industriel et le chiffre d'Or de joaillerie recyclée chaque année en France.