Trop gourmands en électricité, les datacenters de Google sont exclus d'Irlande : la France fait le pari inverse
Par Corentin Bechade Publié le 29/03/26 lesnumeriques
Le développement effréné de l’IA s’est accompagné d’une implantation massive de nouveaux centres de données partout dans le monde. L’Irlande, pionnière en la matière, se débat aujourd’hui avec des problématiques critiques de répartition de l’énergie.
L’Irlande ne veut plus accueillir de nouvelles fermes de serveurs sur son territoire. Ou, du moins, pas sans que les entreprises concernées ne s’engagent à générer leur propre électricité verte. Après avoir été l’une des zones les plus attractives d’Europe pour l’implantation de datacenters, le pays donne un coup de frein brutal à cette activité face à une demande énergétique devenue insoutenable.
Comme le détaille un article du Financial Times, cette industrie est responsable à elle seule d’un cinquième de la consommation électrique nationale. À Dublin, c’est même la moitié de la demande en énergie de la capitale qui est siphonnée par les centres de données, relève également Le Monde.
L’énergie renouvelable au service des centres de données
Pour compenser, des centrales utilisant des énergies fossiles ont dû être remises en service. Pourtant, l’énergie verte ne manque pas sur l’île, grâce à un investissement massif dans l’éolien. En 2024, 41,7 % de la demande en électricité était couverte par les énergies renouvelables, mais les investissements dans ces programmes n’ont longtemps fait que courir après la croissance de centres de données toujours plus gourmands.
En 2021, un moratoire a donc été instauré pour suspendre les nouvelles installations. Désormais, pour passer sous les fourches caudines de la commission de régulation, les entreprises doivent s’engager à produire au moins 80 % de l’électricité consommée par leurs machines dans les six ans suivant leur mise en service.Très dépendante du secteur technologique (qui pèse plus de 10 % de son PIB), l’Irlande n’est pas la première à freiner le développement des data centers. Amsterdam et Francfort ont pris des mesures similaires il y a quelques années. En France, à l’inverse, un texte récent cherche à faciliter l’implantation de ces infrastructures en les requalifiant d’intérêt national majeur.
Paris, même combat ?
D’après l’Ademe, la France compte déjà 352 centres de données actifs. Ces derniers ont consommé 8,1 TWh d’énergie en 2024, soit environ 3 % de la consommation électrique annuelle totale du pays. Néanmoins, le problème français est identique à celui de l’Irlande, à savoir une concentration géographique extrême. Les Hauts-de-France, l’Auvergne-Rhône-Alpes et l’Île-de-France captent ainsi l'essentiel de l'activité. La région parisienne concentre à elle seule 42 % des structures, lesquelles pèsent pour 70 % de la consommation totale du secteur.
Répartition des centres de données actuels sur le territoire Ademe
Début 2026, l’Ademe tirait déjà la sonnette d’alarme, expliquant que cette centralisation excessive pourrait bien “aggraver les conflits d’usages avec les populations voisines, voire accentuer les risques systémiques déjà présents”. Plus globalement, l’Agence pour la transition écologique martelait que la course actuelle aux centres de données était “incompatible avec l’accord de Paris”.